Nepal - Kathmandu
"Si tu n'arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche encore". Jean Giono
Il y a deux ans nous partions pour un premier voyage culturel au Népal et notamment la vallée de Kathmandu (http://sergiosebnepal.canalblog.com/): nous avons littéralement succombé au charme de ce pays ! Je me suis promis d’y retourner pour y marcher plus longuement cette fois-ci. Promesse tenue ! C’est durant 3 semaines que je vais sillonner les sentiers du Tour des Annapurnas pour ensuite pénétrer au cœur de ce massif jusqu’au camp de base de l’Annapurna, soit 280 kilomètres en tout !
6 heures 45 de vol très confortable avec la compagnie Etihad entre Paris et Abou Dhabi, et me voici dans les Emirats Arabes Unis où – vu du ciel – tout n’est que désert de sable et buildings en construction. A 07h00 du matin, il fait déjà 23°c. Une courte escale de 2 heures et demi et j’embarque pour 4 heures de vol supplémentaires pour rallier ma destination finale : Kathmandu, capitale du Népal. Lors de l’atterrissage, les hauts sommets de l’Himalaya défilent déjà sous mes yeux. Une fois les formalités de visa effectuées, mon sac à dos récupéré et mes euros changés en roupies népalaises, je savoure les 25° c que m’offre ce pays de montagnes pourtant à plus de 1000 mètres d’altitude.
Accueil chaleureux d’un représentant de l’agence de trek (parlant un français impeccable) avec un magnifique collier d’œillets d’Inde ! Sur la route menant à l’hôtel Marsyangdi Mandala, les larmes me montent aux yeux lorsque nous passons devant les ghâts de crémation de Pashupatinath, haut lieu de culte hindouiste qui m’a particulièrement ému il y a deux ans de cela. L’hôtel est extrêmement bien situé entre Thamel (au nord) et Durbar Square (au sud), les chambres y sont très propres et le personnel très accueillant. Ma chambre donne sur la cour d’une école : bonjour l’animation en journée ! Quant à la nuit, ce sont les chiens errants du quartier qui prennent la relève… Malgré l’excitation liée au début de cette nouvelle aventure, je suis tout de même un peu fatigué par les heures de vol et le décalage horaire. Quant aux deux plateaux repas généreux servis à bord, ils m’ont rassasiés jusqu’à demain matin. Vers 19h00, je profite d’une bonne douche bien chaude car il n’y en aura pas beaucoup dans les semaines à venir et je matte quelques clips indiens à la télé. Puis, je m’endors sous cette belle pleine lune qui se pavane devant ma fenêtre.
Kathmandu et Bungamati
07h00 : vêtu d’une polaire, je dévore un petit déjeuner gargantuesque sur la terrasse du resto après le jeûne de la veille. Une généreuse théière de masala tea (que j’adore ! ) me réchauffe dans cette fraicheur matinale. La panse bien remplie, il est maintenant envisageable de partir découvrir le village newar de Bungamati situé à 10 km au sud de Kathmandu. Il n’avait pas été possible de visiter cette petite cité deux ans auparavant car la pluie en avait décidé autrement. Cette journée de liberté dans la vallée de Kathmandu avant le départ du trek est une véritable aubaine pour rattraper le temps perdu. Un taxi négocié à 1000 roupies et me voilà installé à bord du véhicule possédant le tableau de bord le plus kitsch et le plus original de la planète : une véritable pelouse campée par des statuettes de Ganesh (qui est également le prénom du chauffeur !), de Bouddha et autres fleurs en plastique… du grand art ! L’émotion me submerge à nouveau lors de la traversée de Durbar Square, véritable fourmilière toujours aussi vivante : les couleurs des saris des femmes et des échoppes de fruits et de légumes explosent tel un feu d’artifice. Des colliers de fleurs par centaines en guise d’offrandes aux dieux, des temples, des bougies, des parfums, des saddhus : une ferveur religieuse telle, qu’elle est palpable à chaque coin de rue. Et ces hommes qui flânent main dans la main, signe témoignant de leur amitié.
Plus nous nous éloignons de la ville, plus la vue sur les hauts sommets se dégage. Arrivons au milieu des rizières bordant la rivière Bagmati au village de Bungamati. De grandes et hautes demeures en briques (datant d’au moins 200 ans) sur lesquelles pendouillent tresses d’ail et épis de maïs, entourent une immense place où sèchent grains de riz et piments rouges. En son centre, trône un magnifique temple. Tout autour se déploient d’étroites ruelles envahies de chèvres et édifiées de maisons aux fenêtres de bois sculptées, d’un grand bassin, de puits et d’autres petits temples : un vrai petit bijou. De plus ses habitants sont très sereins et très accueillants. Quel bonheur de siroter lentement un thé offert par Ganesh dans un tel endroit, assis sur les tabourets d’une gargote qui n’a pas du voir beaucoup de visiteurs. Ah si ! J’ai entrevu un groupe de chinois mitraillant intensément le site de leurs flashs pendant environ un quart d’heure et puis plus rien….
Village newar de Bungamati
Temple de Rato Machhendranath
Séchage du grain sur la place principale
Temple de Padmapur Mahadev
Autour du réservoir Dey Pukha
Tableau de bord végétal - Piments séchés - Momos
Retour à Kathmandu pour une longue sieste malgré le champs de foire créé par les écoliers sous ma fenêtre. Entre les parties de badminton et de basket, ils n’ont pas été beaucoup en cours cet après-midi… En soirée, je fais la connaissance de mon guide. Il s’appelle Ram (TAMANG de son nom), il a 26 ans, il est bouddhiste et vit à Bodnath. Lorsqu’il n’exerce pas le métier de guide, il peint des thangkas (peintures tibétaines sur toile). Ram fait parti d’une famille de 5 enfants, ses parents sont agriculteurs et vivent à 130 km à l’est de Kathmandu. Le premier contact est très bon malgré que nous soyons tous deux très calmes et un peu timides. D’ailleurs, afin de se détendre un peu et de faire plus ample connaissance, nous sirotons une « Everest Beer », boisson qui comme son nom l’indique est purement locale. Ram a bien compris mes attentes et est très rassurant dans sa façon d’appréhender ce trek. De plus - et ce qui n’a aucun rapport avec ce qui précède- il me donne entre 26 et 28 ans… je pense qu’on va bien s’entendre ! Actuellement, nous ne connaissons ni l’un ni l’autre le porteur qui nous accompagnera, ce sera la surprise demain matin. Un bon plat de momos au poulet et une petite séance d’internet (après plus d’ordi pendant au moins une semaine) et vite au lit.
Kathmandu - Besisahar
Lever aux aurores et petite marche dans les rues désertes de Thamel où les rideaux de fer des boutiques sont tous abaissés, pour rejoindre un car privatisé par l’agence parqué devant un hôtel à quelques centaines de mètres du mien. Randonneurs, guides et porteurs sont joyeusement rassemblés autour du véhicule censé nous mener à Besisahar ( lieu de départ du trek) en 5 heures au lieu des 7 habituelles en bus local. Mais le bus dépassant péniblement les 3 km/h pour s’extraire de l’anarchie de Kathmandu, les routes de montagnes paralysées par de nombreuses crevaisons, figeant les camions sur des dizaines de kilomètres, ce sont 9 heures qui seront finalement nécessaires pour atteindre notre destination : un grand moment !
De nombreux sommets enneigés entre 7000 et 8000m sont déjà parfaitement visibles de la route longeant la rivière Seti. Le contraste entre les rizières en terrasses et des bananiers en avant plan et les plus hauts sommets du monde en arrière plan est saisissant ! Lors de la pause repas, j’ai fais la connaissance d’Anouk et Grégory, un jeune couple de suisses. Ils effectueront le même parcours que le mien durant les deux premières semaines avec leur guide Rodna et leur porteur Purna. Quant à notre porteur, toujours personne en vue...
Premières vues sur les sommets
Embouteillage sur les routes himalayennes
Arrivée très animée à Besisahar sur fond de manifestation maoïste pacifique et en musique s’il vous plait ! Premier lodge très spartiate : la fenêtre de ma chambre donne sur un couloir bruyant, passage obligé vers les chiottes dégueulasses et la salle de bain commune du même niveau de propreté. Nous sommes pourtant « en ville », ça promet pour la suite. Je pars arpenter les rues de la ville qui ne dégagent pas de charme particulier mais qui offrent déjà de très belles vues sur les hauts sommets. Les « nasmaste ! » des gamins fusent et les habitants, habitués aux touristes sont très accueillants. Je croise Ram chez le cordonnier, en train de lui rafistoler ses chaussures. Il m’annonce que nous n’aurons pas de porteur car ceux de l’agence ont été « réquisitionnés » pour une expédition, quant aux autres castés à Besishar, ils demandent une somme bien trop importante. C’est donc lui qui portera mon sac… parfait, c’était mon idée première d’avoir un seul et unique guide-porteur, c’est désormais chose faite.
Un plat de nouilles au poulet et une toilette réduite à la hauteur des lieux clôturent cette journée. J’ai vraiment hâte de marcher car l’attente à Kathmandu et cette dernière journée de transport n’ont fait qu’aiguiser mon impatience.
Dans les rues de Besisahar
Besisahar (950 m) - Ngadi (920 m) : 12,4 km - 3 h
Nuit excellente malgré la dureté du sommier et les allers et venues des uns et des autres aux toilettes. 08h00 du mat : petit déjeuner maigrelet, casquette de contrefaçon chinoise achetée à la dernière minute (la mienne a du préférer rester dans la capitale !) et nous voilà partis avec Ram pour le début d’une longue aventure que je partage volontiers avec mes compagnons suisses, leur guide et leur porteur. Ce premier jour de trek débute comme un véritable conte de fée : après seulement 1 heure de marche, la moitié de la semelle de ma chaussure gauche se détache… ce n’est pas grave, il ne reste plus que 280 km à parcourir !!! Pour Ram, c’est irréparable car aucun point de couture n’est possible entre la semelle et la chaussure. Il ne sert à rien de retourner à Besisahar car les commerçants n’y vendent pas de chaussures de marche. Le prochain magasin de godasses étant « seulement» à 4 jours de marche, Ram coupe au couteau le morceau de semelle qui pendouille et je ferai désormais bien attention à éviter tout contact avec l’eau sur cette partie. Au pire j’ai de bonnes sandales de marche. Ca commence très fort ! Mais cela n’entache en rien mon moral car même pieds nus, je le ferai ce trek !
Nous nous remettons en route et profitons des vues splendides sur le Ngadi Chulli (7879m) cerné de rizières en terrasses, de petits hameaux -tel celui de Khudi- et autres cultures de bananiers et de pois. C’est à Bhulbule que se font les formalités d’entrée dans l’« Annapurna Conservation Area ». Franchissons également deux beaux ponts suspendus, dont un en bois… sujets au vertige s’abstenir ! Croisons des chevaux acheminant des sacs de riz et autres céréales dont c’est la récolte actuellement. Puis après 3h de marche (au lieu des 5 annoncées, c’est le monde à l’envers avec les transports !), nous arrivons à Ngadi au « Holiday Trekker Lodge », charmant avec son jardin verdoyant au bord de la rivière Ngadi Khola et le Ngadi Chulli en toile de fond. Plat de pâtes et bronzette au soleil au son de l’eau qui coule en contrebas, un petit bonheur. Mais cette facilité du premier jour en cache certainement d’autres plus éprouvants… Dîner de Dal Bhat, plat national composé d’une soupe de lentilles, de riz nature, d’un curry de légumes et de pain frit (roti). Puis retour dans le bungalow où la nuit s’annonce fraîche, si l’on tient compte de l’espacement important entre les planches constituant les parois de la chambre.
Entrée dans le parc national de l'Annapurna
Premier pont suspendu
Rivière Ngadi Khola
Bhulbule et le Ngadi Chulli (7879m)
Porteuse de poules - Campagne maoïste - Chaussures après un jour de trek !
Ngadi (920 m) - Jagat (1314 m) : 15 km - 5 h 45
Lever à 06h15. J’ai l’impression d’avoir dormi sur une table et mon thermomètre a affiché 11°c dans la chambre cette nuit… mais que nous réserve la suite ? Brossage de ratiches à la fontaine où je remplis ma gourde pour la matinée, puis traitement au Micropur. Deux pancakes (sans œufs, ni lait ni beurre !) accompagnés de miel et d’un thé… petit dej’ aussi frugal qu’hier, mais nous en déduisons que ces rations sont adaptées à la marche qui nous attend, question de ne pas trop « charger la mule ». A 07h30, nous partons joyeusement pour cette deuxième journée de trek. Traversons des villages Thakuris clairsemés au milieu des rizières en terrasses.
Villages Thakuris
Le conte de fées commencé la veille suit son cours : après 1h de marche c’est maintenant l’arrière de ma semelle qui fout le camp ! Mes potentielles nouvelles chaussures ne sont plus qu’à 3 jours de marche…Grimpette vers le village de Lampata (1135m) puis pause thé à Bahundanda (1310m), charmant comme tout avec ses petites maisons colorées, ses lodges et ses petites échoppes. C’est la première fois que la montée s’avère aussi raide, les efforts se font sentir.
Pause thé au village de Bahundanda
Descendons tout aussi brusquement vers Lili Bhir. Regrimpons vers Ghermu Phant que nous atteignons pour le déjeuner : une plâtrée de pommes de terre aux œufs, choux et oignons dévorée face à la belle cascade de Rupse Chhanga d’une hauteur de 111 mètres. Redescendons pour Syange (1000m) et traversons la Marsyangdi Khola sur un long pont suspendu métallique. Poursuivons cette journée de marche « yoyo » pour atteindre un pont en bambou pas très haut mais des plus impressionnants.
Traversée de de la Marsyangdi Khola
La dernière montée pour rejoindre Jagat fût la plus pénible. Les sentiers empruntés sont situés sur une zone de travaux où les ouvriers sculptent une route à même le roc. Les pierres chutent entre les plants de marijuana sauvage et plusieurs caravanes de mules croisées tout au long du sentier. Ram m’explique qu’en les croisant, il faut toujours se positionner du côté de la montagne car elles pourraient nous précipiter dans le vide. Epuisés après cette journée de marche, nous apercevons enfin Jagat au loin… et c’est à moment bien précis que la semelle entière de ma chaussure droite se fait la malle ! Pourries mais synchros les grolles ! Je commence à sentir les cailloux sous mes pieds car la mousse s’use à vitesse grand V. Il est pourtant déconseillé d’en acheter des neuves avant d’entreprendre un trek car les ampoules sont garanties et de plus elles me paraissaient en bon état…
Jagat est un magnifique petit village en pierre perché à flanc de montagne et surplombant la rivière à 1314m. Nous « descendons » à l’hôtel « Lord Buddha Snow Land » où j’ai une superbe chambre avec deux grandes fenêtres en angle m’offrant une vue panoramique sur la paroi montagneuse en face. La nuit s’annonce moins froide qu’hier car le bâtiment est en dur, à vérifier. Je suis fatigué de tous ces efforts fournis mais si heureux d’avoir traversé de tels paysages et d’être ici, tout simplement. Ce soir au resto, c’est riz frit, mais une seule assiette ne nous rassasie guère et nous en réclamons une autre !
Arrivée à Jagat
Ram - Mes chaussures après deux jours de trek ! - Ma chambre à Jagat
Jagat (1314 m) - Dharapani (1920 m) : 15 km - 6 h
Mon altimètre annonce 15,9 °c au petit matin dans la chambre, c’est effectivement mieux qu’hier et c’est certainement en raison de cette température clémente qu'un rat m’a rendu visite durant la nuit ! 07h30 : Après un délicieux pain à la pâte levée façon naan et du miel, je fais mes adieux à mes défuntes chaussures après seulement 2 jours de trek mais 11 années de bons et loyaux services et je chausse mes sandales pour les deux prochains jours. Nous continuons à longer la Marsyangdi Khola en montée puis en descente de chaque côté de la vallée en traversant une multitude de ponts suspendus tous plus vertigineux les uns que les autres. Les caravanes de mules désormais familières nous rappellent que nous sommes sur l’ancienne route du sel (reliant le Tibet à l’Inde) depuis Jagat, sa porte d’entrée. De gros efforts physiques sont à fournir pour grimper les pentes tantôt sablonneuses, tantôt rocailleuses ou encore d’interminables escaliers en pierre. Mais la forme est bien au rendez-vous depuis le début du trek et je commence même à apprécier le goût de l’effort.
Caravane de mules traversant la ...
... Marsyangdi Khola
Pause déjeuner (momos aux pommes de terres) au village de Tal (1700m), niché dans une belle vallée et marquant l’entrée dans le district de Manang. Deux heures de « récup » bien méritées au soleil.
Village de Tal
Arrivée en fin d’après-midi à Dharapani (1920m) après une belle montée. Un chorten et ses moulins à prières nous accueillent dans ce village typiquement tibétain. Nous nous installons à la « New Tibet Guesthouse ».
Arrivée à Dharapani
Durant ces derniers jours, j’ai appris à mieux connaître Ram. Il est extrêmement cultivé et parle un anglais parfait (avec un bel accent népalais tout de même ! Mais ça ne doit pas être pire que mon accent français !). Il appartient à l’ethnie Tamang (origine tibéto-birmane). Il est allé à l’école jusqu’à 18 ans et exerce avec enthousiasme son métier de guide pour subvenir à ses besoins mais aspire tout de même à autre chose. Il a déjà été inscrit à l’alliance française pour y apprendre notre langue mais n’y est resté que quelques semaines. En effet, sa mère (62 ans) ayant fait une mauvaise chute sur la tête, a du être hospitalisée durant 18 jours à Kathmandu. Le système de santé népalais étant ce qu’il est, les frais ont été à sa charge et à celle de ses frères et sœurs. Il a donc du renoncer à ses études mais compte bien les reprendre dès que possible. C’est un garçon qui inspire beaucoup de respect. Quand je le vois porter mon sac de 14 kg, moi qui peine parfois avec mon petit de 5 kg, je culpabilise un peu… mais bon, c’est son job. Il me dit que pour lui c’est facile et que mon sac est confortable mais je le vois parfois souffrir (il n’est quand même pas très épais !). En tout cas je le chouchoute en lui préparant sa bouteille d’eau purifiée avec de la vitamine C tous les matins et c’est même moi qui la porte.
Quant à mes compères suisses, que dire… c’est un véritable plaisir de marcher en leur compagnie car nous avons le même rythme et leur présence quotidienne est des plus agréable. Nous avons immédiatement eu un très bon feeling. Anouk a 31 ans, elle est journaliste pour la radio nationale suisse, elle part d’ailleurs bientôt pour le Sri Lanka afin d’y faire un reportage post-tsunami. Nous serons sur cette même île durant une semaine en décembre mais pas au même endroit, dommage ! J’adore papoter de tout et de rien avec elle… les kilomètres me paraissent instantanément plus courts à ses côtés. Grégory, 32 ans est inspecteur-instructeur dans la police. En plus d’être un surdoué en langues étrangères ( il sera bilingue parfait en népali avant la fin du trek s’il continue à apprendre aussi vite !), il a un sens de l’humour ravageur si bien que je n’arrête pas de rire en sa présence… même quand il ne dit rien ! J’ai beaucoup de chance de les avoir rencontré ces deux là.
Tous les soirs, nous nous retrouvons tous les six à 18h00 pour le dîner, pas lassés pour un sou de la grosse journée que l’on vient déjà de passer ensemble. Nos guides sont toujours présent à notre table (ce qui n’est pas le cas pour tous les trekkeurs) et attendent que nous finissions de manger pour commencer leur repas. Cela est très gênant et malgré notre insistance, ils tiennent vraiment à nous attendre. Puis vers 20h00 c’est dodo. Nous avons trouvé notre petit rythme et vivons ensemble comme une vraie petite famille, chacun se souciant des petits bobos éventuels des autres.
Ce soir, la température chute sévèrement à Dharapani. Je m’habille chaudement pour le dîner composé de nouilles frites et des litres de thé ! Après le repas c’est un cours de français que nous donnons à nos amis népalais : un grand moment !
Dharapani (1920 m) - Chame (2685 m) : 15 km - 6 h
Très bonne nuit de sommeil à 10,8 °C. La grosse couverture en plus de mon sac de couchage n’a pas été de trop. Nous nous dirigeons tout d’abord vers Bagarchhap (2160m) et traversons de petits hameaux composés de maisons aux toits plats d’influence tibétaine, de moulins et de drapeaux de prières multicolores.
Moulin et drapeaux de prières tibétains
Nous apercevons sans tarder l’Annapurna 2 (7937m), 2ème plus haut sommet de la chaîne des Annapurnas, ainsi que le Manaslu (8156m) derrière de hauts conifères et autres arbres aux couleurs automnales. Ca grimpe dur aujourd’hui mais nos organismes semblent s’être habitués. Nos efforts sont largement récompensés à la vue de ces hauts sommets enneigés - faisant parti des plus hauts du monde- que nous ne voyions plus depuis deux jours. Déjeuner devant un panorama splendide sur la chaîne des Annapurnas dans le village de Thanchok, petit coin enchanteur de l’Himalaya avec ses maisons couvertes de planches de bois et maintenues par de gros cailloux, ses chiens ressemblant à de gros nounours et ses chevaux miniatures.
Après deux heures de marche supplémentaires en traversant les villages de Temang et de Khoto, nous arrivons dans le vaste village de Chame dont les rues de pierre longent la rivière. J’en profite pour envoyer quelques mails à un prix exorbitant, puis je pars avec Ram et Purna à la découverte de petites sources d’eau chaude de l’autre côté de la rive. Puis séance shopping pour dénicher de nouvelles chaussures de marche. Nous croisons Anouk et Grégory accompagnés de Rodna. J’essaye différents modèles pendant que chacun y va de son petit conseil : cinq avis valent mieux qu’un ! Je trouve finalement mon bonheur « made in China » pour 5200 roupies. Au dîner, c’est pizza locale servie sur une table chauffée par un poêle juste en dessous… un vrai luxe additionné d’une douche chaude que j’attendais depuis 5 jours ! Ce soir tout le monde est HS et dès 19h45 nous partons dormir.
Mes nouvelles chaussures - Salle à manger du lodge - Anouk et Grégory
Chame (2685 m) - Pisang (3240 m) : 16 km - 5 h
Il fait de plus en plus froid le matin : 7°C dans la chambre, mais j’ai dormi avec deux couches de vêtements et j’ai eu bien chaud. Par contre je souffre d’une tendinite à l’avant bras droit qui s’intensifie depuis quatre jours car j’ai trop forcé sur mon bâton de marche le premier jour. Jusqu’à présent la douleur était supportable, mais aujourd’hui c’est un petit supplice pour refaire mon sac, ouvrir ma porte à clef ou tout simplement pour refermer ma gourde. Heureusement que ce sont les jambes qui travaillent ! Je frime avec mes nouvelles chaussures que je vais tester aujourd’hui. Quittons le charmant village de Chame avec ses chortens et ses maisons typiques, puis traversons son pont suspendu joliment décoré de drapeaux de prières.
Départ de Chame
Empruntons un sentier qui grimpe à travers une très belle forêt de pins et passons la barre des 3000 mètres. Nous jouissons d’une très belle vue sur la chaîne des Annapurnas et déjeunons d’un Dal Bhat à 3060 m face à la très impressionnante paroi rocheuse de Daungda Danda. Sur ce parcours, le moindre pic enneigé est splendide mais lorsque nous demandons leurs noms à nos guides, Rodna nous répond en français : « ça c’est colline, pas de prénom »… alors qu’ils culminent au moins à 6000m d’altitude !
" ça c'est colline... pas de prénom "
Paroie rocheuse de Daungda Danda
C’est l’estomac bien rempli que nous repartons pour 1h30 de marche vers Pisang (3240m), magnifique petit village qui offre une vue imprenable sue l ‘Annapurna 2, grandiose !
Village de Pisang et Pisang Peak (6091m)
Lower Pisang
Gravissons une centaine de marches 100 m plus haut vers Upper Pisang où nous avons la chance d’assister à une cérémonie religieuse dans le temple perché tout en haut du village. Les moines nous offrent un thé au beurre de yak que nous dégustons assis à même le sol, en écoutant ces sons d’instruments si étranges et ces prières si envoûtantes. De vieilles femmes aux visages burinés par le soleil tournent vivement leurs moulins à prières, assises les unes à côté des autres contre le mur du monastère, en priant (ou en bavardant !). Même si ces scènes ne me sont plus inconnues, elles restent un moment magique et très intense à vivre.
Upper Pisang
Annapurna 2 (7937m)
Temple tibétain de Pisang
Mes nouvelles chaussures ne me laissent aucune ampoule après cette journée de marche, pourvu que ça dure.
Pisang (3240 m) - Manang (3535 m) : 14,4 km - 5 h
Petit point météo du jour : 5.5 °C dans ma chambre. J’ai très mal dormi car mes anti-inflammatoires m’ont bouffé l’estomac toute la nuit ! Mais à 06h30,un ange prénommé Grégory frappe à ma porte avec une tasse de thé chaud et me fait instantanément oublier ce moment très désagréable, adorable ! Hier nous avons demandé à nos guides un petit-déjeuner local pour changer des pancakes habituels qui ne sont pas terribles : ce matin on se retrouve donc avec un bol de tsampa fumant sur la table, ce qui est en d’autres termes une bouillie d’avoine … le seul –je dis bien le SEUL – et unique plat que je déteste au monde ! Oui, je l’ai déjà testé en … Bretagne ! Je pars donc le ventre vide avec un déficit de sommeil et les deux heures de marche pourtant "faciles" par rapport aux jours précédents me paraissent une éternité. Je plane (altitude ?) et me traîne… Pause thé indispensable à Hongde (3420m) avec vue sur le petit aérodrome. Quelques biscuits énergétiques partagés avec Anouk en guise de petit déj’ (elle n’est pas fan de tsampa non plus !), et c’est reparti comme si de rien n’était avec une forme rapidement retrouvée. Parcourons la majestueuse vallée de Braka qui nous offre tour à tour une vue sur les Annapurnas 2, 4 et 3, dominant les nombreux pins et la rivière nichés dans la combe.
Village de Hongde
Vallée de Braka
Arrivons à Manang, superbe village tibétain à 3535m d’altitude. Nous passerons deux nuits consécutives à la Manang Guesthouse où j’en profite pour sauter sous une douche tiède (11°C dans la salle de bain !) tant que le soleil est encore présent car le courage va certainement me manquer une fois la nuit et le froid tombés. Premier rasage depuis une semaine, première lessive aussi, les mains dans l’eau gelée. Je pars ensuite tout seul (de temps en temps ça fait du bien aussi) à la découverte des petites ruelles avec ses maisons de pierres, ses chortens et ses dzos (croisement ente une vache et un yak). Manang est un véritable paradis pour les touristes : achat de cartes postales et séance internet à 10 euros l’heure : du pur luxe ! Mais ma petite folie du jour sera sans hésiter un bon café noir et un croissant au chocolat, une des abondantes viennoiseries disponibles dans les nombreuses boulangeries du village, un véritable Shangri-la que cet endroit !
Village de Manang
Journée d'acclimatation à Manang (3535 m)
7,5°c dans la chambre au réveil, ce qui est tout de même plus qu’hier 300m plus bas… allez comprendre. Au programme ce matin : une demi-journée de marche afin de nous acclimater et de nous entraîner aux ascensions en altitude, en vue des trois jours de grimpette à venir. Direction le View Point de Manang à 3800m (dénivelé de 265 m). A mi-parcours nous admirons le très beau lac turquoise de Manang formé derrière une moraine du glacier de Gangapurna. Les nuages sont arrivés très tôt et c’est la première fois que nous sommes privés de notre beau ciel d’un bleu immaculé. Mais cela ne nous empêche pas d’avoir une vue panoramique sur le Pisang Peak, le Manaslu (8156m), l’Annapurna 2 (7937m), l’Annapurna 4 (7525m), l’Annapurna 3 (7555m) – au pied duquel nous dégustons un thé à 3800m – et le magnifique glacier de Gangapurna (7454m) qui semble à portée de main. Cette petite épreuve permet aussi à nos guides de nous évaluer pour la suite. Verdict : ils estiment que nous avons les capacités pour franchir le Thorung La (5416m) dans trois jours. Nous l’apercevons d’ailleurs très bien au loin, à droite du Tilicho Peak (7134m).
Manang
Lac de Manang
Glacier de Gangapurna (7454m)
Après la descente, nous partons acheter des timbres à la sombre et minuscule poste de Manang. Nous la dévalisons même en achetant tous les timbres restant. Déjeuner de nouilles frites dans la salle principale du lodge où est diffusé un film américain sur l’ascension de l’Everest, insupportable. Mais c’est le seul endroit où il fait chaud, le soleil ayant définitivement décidé de faire grève aujourd’hui. En fin d’après-midi, je retourne dans ma pâtisserie préférée pour m’y offrir un crumble aux pommes et un cappuccino, car les trois prochains jours risquent d'être moins festifs ! L’altitude commence à se manifester sur mon organisme, je ressens de temps en temps une compression au niveau du thorax, c’est un peu douloureux mais largement supportable. C’est surtout la nuit dans le lit que ça devient un peu plus gênant.
































































































